Thèse de doctorat

L'orthographe du ton en kabiyè au banc d'essai

Thèse ANRT

Le débat sur la représentation du ton dans les langues africaines a longtemps été dominé par le principe de la biunivocité. Cependant, le fait de marquer le ton phonémique intégral au moyen d'accents pose de nombreuses difficultés. D'abord, le débat quant au niveau d'opacité nécessaire pour aboutir à une représentation optimale reste encore irrésolu. En outre, une surcharge d'accents est susceptible de déclencher le masquage latéral. Enfin, il est loin d'être évident que le rendement fonctionnel du ton dans bon nombre de ces langues est suffisamment élevé pour justifier une représentation intégrale. C'est pourquoi, dans d'autres langues, on a rejeté les accents avec pour résultat une pro fusion d'homographes qui entraînent des méprises et des incompréhensions lors de la lecture.

Or, nous suggérons qu'il existe une troisième voie, qui ne s'aligne ni sur l'un des extrêmes du débat, ni sur l'autre. Il s'agit d'une approche sémiographique qui met en relief la grammaire. Nous entamerons une analyse fréquentielle et une analyse des méprises de l'orthographe standard du kabiyè (gur, Togo). Nous prendrons également en compte le rôle de la vision paraf ovéale dans le processus de la lecture. La résultante, la graphie grammaticale, sera testée contre une graphie tonale dans une expérience quantitative incorporant des tâches de dictée, de rédaction et de lecture orale.

Le fait que les scripteurs écrivent plus vite et avec plus d'exactitude en graphie grammatical qu'en graphie tonale suggère que leur conscience innée de la structure morphologique du kabiyè dépasse celle de sa phonologie. Ils maîtrisent mieux l'ajout sporadique des caractères complexes dans le tissu de l'orthographe standard que l'ajout intégral des accents simples sur sa partie supérieure. En outre, la performance en graphie grammaticale sur une construction donnée est étroitement liée a sa fréquence d'exposition en contextes naturels, mais cette familiarité ne confère aucun avantage en graphie tonale.

Puisse de telles découvertes ouvrir la porte à une plus grande créativité dans l'élaboration des orthographes émergeantes des langues africaines par rapport à ce qui est permis dans le cadre strict de l'analyse phonématique avec son insistance rigide sur la biunivocité.

ROBERTS, David (2008) : L’orthographe du ton en Kabiyè au banc d’essai. Thèse de doctorat, INALCO (Institut National des Langues et Civilisations Orientales), Paris.

Télécharger les pdf : Thèse ; annexes, pages 1-50 ; annexes, pages 51-100 ; annexes, pages 101-150 ; annexes, pages 151-200 ; annexes, pages 201-250 ; annexes, pages 251-300 ; annexes, pages 301-308.

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